Votre logiciel métier est annoncé en fin de vie : que se passe-t-il, concrètement ?
Rien ne s’arrête le jour de l’annonce, et c’est bien le problème. Un éditeur qui arrête un logiciel procède toujours en deux temps : la fin de commercialisation, réservée aux nouveaux clients, puis la fin de maintenance, qui coupe les mises à jour légales et les corrections de bug pour tout le monde. Entre les deux, le logiciel continue de tourner à l’identique, ce qui pousse à ne rien faire jusqu’à ce qu’une obligation extérieure tombe en même temps que lui.
C’est le cas de Sage Multi Devis Entreprise, un logiciel de devis et de facturation utilisé par des milliers d’entreprises du bâtiment. Fin de commercialisation le 1er décembre 2023, fin de maintenance le 1er octobre 2024 : depuis cette date, plus aucune mise à jour légale, technologique ou fonctionnelle, plus aucune correction d’anomalie. Les abonnements en cours peuvent continuer, mais au plus tard jusqu’au 30 novembre 2027, date au-delà de laquelle le logiciel cesse de fonctionner.
Pourquoi un éditeur arrête-t-il un logiciel qui fonctionne encore ?
Parce que le maintenir coûte plus cher que ce qu’il rapporte. Un vieux logiciel s’appuie sur une architecture que plus personne ne veut faire évoluer, pendant que la nouvelle version, vendue en abonnement, coûte moins cher à faire tourner et rapporte davantage à l’achat. Aucun éditeur n’a intérêt à entretenir deux gammes en parallèle.
Le même éditeur avait déjà arrêté Batigest i7, un autre logiciel du bâtiment, en 2021 : fin de commercialisation le 28 février, fin de maintenance le 31 décembre. Cinq ans plus tard, les intégrateurs Sage confirment que ces anciennes gammes (i7, Batigest PME, Entrepreneur, Ciel Bâtiment, Multi Devis) ne produisent ni n’exploitent les formats structurés Factur-X, UBL ou CII : aucune ne passe donc la facturation électronique, obligatoire en réception depuis le 1er septembre 2026 pour toutes les entreprises. Notre Focus facturation électronique : que faut-il automatiser détaille cette réforme point par point, sans qu’il soit utile de la recopier ici.
Le mécanisme à retenir est celui-ci : un logiciel arrêté ne casse rien tout seul. Il casse quand une obligation nouvelle rencontre un format qu’il ne sait plus produire.
Migrer vers l’offre de remplacement du même éditeur : la bonne réponse ?
Le plus souvent, oui, et ce n’est pas la réponse qui rapporte le plus à un studio comme le nôtre. L’éditeur connaît vos données mieux que quiconque, propose presque toujours un import automatisé, et sa nouvelle offre est, par construction, conforme aux obligations du moment. Pour Multi Devis Entreprise, Sage pousse vers Batigest Connect ; pour Batigest i7, la CAPEB, elle-même partenaire de l’éditeur, négocie une remise de 20 % la première année pour ses adhérents du bâtiment.
Prenez un maçon de Château-Arnoux qui chiffre ses chantiers sous Multi Devis Entreprise depuis dix ans. Migrer vers Batigest Connect reprend l’essentiel de ses modèles de devis sans les réécrire. Ce qui coûte cher n’est pas le nouveau logiciel : c’est de migrer en catastrophe en octobre 2027 plutôt que d’y consacrer une demi-journée maintenant.
L’objection revient toujours sous la même forme : « je change de logiciel sans l’avoir demandé, et je repaie une licence ». C’est vrai, et c’est le prix d’avoir choisi un outil propriétaire il y a dix ans. Ça ne justifie pas de refaire exactement l’inverse aujourd’hui par principe : la bonne question n’est pas « comment sortir du système propriétaire », c’est « qu’est-ce que je fais, dans mon métier, que plus aucune offre du marché ne couvre ».
L’IA change-t-elle la donne pour reprendre vos anciennes données ?
Sur l’extraction, oui. Sur la décision, non. Convertir des années de devis stockés dans un format propriétaire fermé demandait, il y a cinq ans, un développement sur mesure rien que pour lire les fichiers. Un assistant de code réduit aujourd’hui ce travail d’extraction et de conversion, ce qui change le calcul quand l’éditeur ne propose aucun export propre.
Ça ne change rien à la décision de fond. Notre Focus faut-il faire développer son outil métier maintenant que l’IA écrit le code le pose clairement : la baisse du coût de fabrication ne déplace pas le seuil à partir duquel un développement sur mesure se justifie, elle baisse seulement le prix d’une étape ponctuelle comme celle-ci.
Quand faut-il vraiment envisager un outil sur mesure ?
Quand aucune offre du marché ne couvre votre façon de travailler, pas quand un logiciel s’arrête. Reprendre une base abandonnée pour la réinjecter telle quelle dans un outil sur mesure recrée exactement le problème de départ : un système que vous seul savez faire évoluer, chez un prestataire différent.
Le sur-mesure se justifie dans un cas précis : votre métier a construit, autour du logiciel arrêté, des feuilles de calcul, des modèles de devis ou des règles de calcul qu’aucune offre du marché ne reprend, et vous l’avez vérifié plutôt que supposé. C’est rare, mais ça arrive : c’est tout l’objet de notre offre logiciel sur mesure, pensée pour durer plus longtemps qu’un abonnement, avec un code qui vous appartient.
Que risquez-vous si vous ne faites rien avant la date limite ?
Perdre l’accès à vos propres devis et factures, du jour au lendemain, faute de les avoir exportés avant. Un logiciel arrêté n’efface rien tout seul, mais rien n’oblige non plus l’éditeur à garder vos données accessibles après la date de fin annoncée. Pour Multi Devis Entreprise, cette date est le 30 novembre 2027 ; pour tout autre logiciel dans le même cas, c’est celle de la fin de maintenance qu’il faut chercher, pas celle de la fin de commercialisation, deux dates que beaucoup confondent.
La facturation électronique change la nature de l’urgence. Depuis le 1er septembre 2026, recevoir des factures dans un format structuré est obligatoire pour toutes les entreprises : un logiciel qui ne sait ni les lire ni les produire vous met en défaut avant même sa date d’arrêt officielle.
Par où commencer, cette semaine ?
Par une vérification, pas par un devis. Dans cet ordre, sur votre propre logiciel :
- Cherchez sa date de fin de maintenance, pas seulement sa date de fin de commercialisation : c’est elle qui compte, et l’éditeur ne la met jamais en avant.
- Demandez un export complet de vos données, dans un format ouvert (CSV, XML), avant qu’un incident ne vous force à le faire dans l’urgence.
- Vérifiez sa compatibilité avec la facturation électronique : un logiciel qui n’en parle pas dans sa documentation ne l’a probablement pas.
Écrivez-nous avec le nom de votre logiciel et sa version : dire si votre cas relève d’une simple migration ou d’un vrai sujet de développement sur mesure ne demande pas de devis.
Sources
- Vous travaillez avec le logiciel Batigest i7 ? Il va y avoir du changementCAPEB, 17 février 2021
- Fin de maintenance Sage Multi Devis Entreprise (SMDE) : solutions et alternativesGrafe, intégrateur Sage
- Sage Multi Devis en 2026 : fin de vie, échéances et guide de migrationWhy, intégrateur Sage, vérifié le 26 août 2026
- Batigest i7 en 2026 : fin de vie, échéances et guide de migrationWhy, intégrateur Sage, vérifié le 26 août 2026