Quelles IA gardent vos données ? Rétention, entraînement et zéro rétention comparés
Rétention, entraînement, revue humaine : de quoi parle-t-on exactement ?
La plupart des discussions sur la confidentialité de l'IA mélangent trois choses qui n'ont ni la même durée, ni le même risque, ni le même remède. Les distinguer est le seul moyen de lire une politique de confidentialité sans se tromper.
La rétention est la durée pendant laquelle vos échanges restent stockés sur les serveurs du fournisseur. Elle se compte en jours, en mois ou en années, et se corrige par un réglage ou un contrat.
L'entraînement est l'usage de vos saisies pour améliorer le modèle lui-même. C'est le seul mécanisme qui peut faire ressortir un fragment de vos données dans la réponse servie à quelqu'un d'autre. Il se corrige par un réglage, mais uniquement pour l'avenir.
La revue humaine est la lecture d'un extrait de vos conversations par un évaluateur, salarié ou prestataire, pour noter la qualité des réponses. C'est le mécanisme le moins connu, et c'est celui qui résiste le mieux à la suppression.
Schéma : ce qui arrive à une saisie, selon le mécanisme concerné
Notre Repère sur vos données et l'IA explique le trajet complet d'un prompt et la mécanique de mémorisation d'un modèle. Cette page-ci va plus loin sur un seul point : les chiffres réels, fournisseur par fournisseur, offre par offre.
Combien de temps chaque fournisseur conserve-t-il vos échanges ?
Les durées ci-dessous sont celles publiées par les fournisseurs eux-mêmes, vérifiées le 3 août 2026. Elles changent régulièrement : la date de vérification fait partie de l'information.
| Outil et offre | Conservation par défaut | Après suppression par vous | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| ChatGPT, compte grand public | Tant que le compte est actif | Retrait des systèmes sous 30 jours | Un stock de journaux d'avril à septembre 2025 reste séquestré au titre du litige avec le New York Times |
| API OpenAI | Jusqu'à 30 jours, pour la détection d'abus | Sans objet, la purge est automatique | Les points d'accès à état conservent jusqu'à suppression explicite de votre part |
| Claude, comptes Free, Pro et Max | 30 jours si vous refusez l'entraînement, jusqu'à 5 ans si vous l'acceptez | 30 jours | Accepter l'entraînement vaut consentement à une conservation de 5 ans dans les pipelines d'entraînement |
| Claude Enterprise | Indéfinie tant qu'aucune durée personnalisée n'est configurée | Selon la durée configurée | Le minimum configurable est de 30 jours, le réglage se fait sous Organization settings, Data and Privacy |
| Gemini, compte grand public | Suppression automatique de l'activité de plus de 18 mois | 72 heures pour les conversations tenues avec l'historique désactivé | Les conversations relues par un humain sont conservées jusqu'à 3 ans et ne sont pas effacées par votre suppression |
| Vertex AI, Google Cloud | Jusqu'à 90 jours pour les journaux anti-abus | Selon votre configuration | Les journaux restent dans la région que vous avez choisie et ne servent pas à l'entraînement |
| Vibe, anciennement Le Chat | Aucune durée chiffrée publiée sur les pages consultées | Non documentée publiquement | Hébergement dans l'Union européenne par défaut, mais un point d'accès américain existe si vous le choisissez explicitement |
| Copilot, compte grand public | Aucune durée chiffrée dans la FAQ de confidentialité consultée | Non documentée sur cette page | L'entraînement est le régime par défaut hors désactivation, avec une liste d'exclusions géographiques très courte |
Vos saisies servent-elles à entraîner le modèle ?
C'est la question la plus consultée et la plus mal résumée. La réponse courte tient en une ligne : sur les offres professionnelles des grands fournisseurs, non par défaut, et sur les offres grand public, oui dans la majorité des cas.
| Offre | Entraînement par défaut | Ce que dit le fournisseur |
|---|---|---|
| ChatGPT, compte grand public | Oui | Le contenu peut servir à entraîner les modèles, sauf réglage contraire dans les contrôles de données |
| ChatGPT Team, ChatGPT Enterprise, API OpenAI | Non | Aucun entraînement par défaut sur les entrées et sorties des produits professionnels |
| Claude, comptes Free, Pro et Max | Selon le réglage | L'entraînement est conditionné à un réglage utilisateur, et son activation déclenche la rétention longue |
| API Anthropic, Claude for Work, Claude Gov | Non | Aucun usage par défaut des entrées et sorties des produits commerciaux pour l'entraînement |
| Vibe, offres Free, Pro et Education | Contradictoire | Le centre d'aide indique un usage par défaut sauf désactivation, la documentation indique l'inverse pour l'offre Pro |
| Vibe Teams et Enterprise | Non | Ces offres sont désinscrites de l'entraînement par défaut |
| Mistral AI Studio, plan gratuit | Oui | Les entrées et sorties peuvent servir à entraîner les modèles, contrairement au plan payant Scale |
| Gemini, compte grand public | Oui | Le fournisseur recommande explicitement de ne pas saisir d'information confidentielle qu'un évaluateur ne devrait pas voir |
| Google Workspace, éditions entreprise | Non | Pas de revue humaine ni d'entraînement en dehors du domaine sans autorisation, mais la protection dépend de l'édition souscrite |
| API Gemini, offre payante | Non | Les prompts et réponses ne servent pas à améliorer les produits, à l'inverse explicite de l'offre gratuite |
| Copilot, compte grand public | Oui | L'entraînement s'applique hors désactivation et hors six pays limitativement énumérés |
Pourquoi supprimer une conversation ne suffit pas toujours ?
C'est le point le plus important de ce Repère, et le moins connu. Google indique noir sur blanc que les conversations relues par des évaluateurs humains, ainsi que les données associées comme votre langue, votre type d'appareil ou vos informations de localisation, ne sont pas supprimées lorsque vous supprimez votre activité, et qu'elles sont conservées jusqu'à trois ans.
Durée de conservation des conversations passées en revue humaine, indépendamment de toute suppression par l'utilisateur.
Source : Gemini Apps Privacy Hub, Google, mise à jour du 19 mai 2026La même page ajoute une recommandation explicite : ne saisissez pas d'information confidentielle que vous ne voudriez pas voir lue par un évaluateur ou utilisée pour améliorer les services. Cette phrase est le meilleur résumé possible de la situation, écrit par le fournisseur lui-même.
La conséquence pratique est nette. Le bouton de suppression protège contre le stockage, pas contre l'échantillonnage. Une fois qu'un extrait est parti en revue qualité, il quitte le périmètre de vos droits opérationnels et ne revient pas. C'est exactement pour cette raison que la règle de tri des données doit s'appliquer au moment de la saisie, jamais après coup.
Le zéro rétention tient-il vraiment ses promesses ?
Le zéro rétention, souvent désigné par son sigle anglais ZDR, est une option contractuelle qui empêche le fournisseur de stocker les entrées et sorties après traitement. Elle n'existe pas sur les offres grand public. Elle se négocie sur les offres professionnelles, et elle comporte des exclusions qu'il faut lire avant de signer.
Chez OpenAI, l'activation force le paramètre de stockage à faux sur les points d'accès concernés. Mais les images et fichiers envoyés sont analysés à la soumission par un classificateur de contenus pédocriminels, et une détection entraîne la conservation de l'image pour revue manuelle, même sous zéro rétention. Par ailleurs, les points d'accès dits à état, ceux qui gardent le fil d'une conversation côté serveur pour vous éviter de renvoyer l'historique, conservent les données jusqu'à suppression explicite et sont incompatibles avec le régime.
Chez Anthropic, la limite est d'une autre nature : certains modèles, désignés comme Covered Models, imposent une rétention de 30 jours et ne sont tout simplement pas disponibles sous zéro rétention. Choisir le zéro rétention revient donc à restreindre le catalogue de modèles accessible.
Les offres européennes protègent-elles mieux vos données ?
L'hébergement européen est un vrai atout juridique : il décide du droit applicable et simplifie la démonstration de conformité. Mais il ne décide pas de l'usage fait de vos saisies, et c'est une confusion fréquente.
Mistral indique que les données sont hébergées par défaut dans l'Union européenne, avec un point d'accès américain disponible si vous le choisissez explicitement, et des transferts temporaires hors Union possibles. Le fournisseur déclare se conformer aux référentiels SOC 2 Type II et ISO 27001 et 27701. En revanche, aucune qualification SecNumCloud de l'ANSSI ni certification Hébergeur de données de santé n'est mentionnée sur les pages publiques consultées, ce qui est un point à vérifier directement si votre secteur l'exige.
Plus délicat : au moment de la rédaction, le centre d'aide et la documentation du fournisseur se contredisent sur le traitement de l'offre Pro. Le centre d'aide range Free, Pro et Education parmi les offres dont les entrées et sorties servent par défaut à l'entraînement sauf désactivation. La documentation, elle, indique que les conversations de Vibe en Pro, Team et Enterprise ne servent pas à l'entraînement par défaut. Nous ne tranchons pas : nous signalons la contradiction, parce qu'elle illustre précisément pourquoi une politique de confidentialité se vérifie et ne se suppose pas.
Le réglage, lui, est documenté sans ambiguïté : console d'administration, Manage, Vibe, Privacy, puis l'option autorisant l'usage de vos interactions pour l'entraînement. Sur mobile, il se trouve sous Data and Account Controls.
Notre Focus sur l'IA souveraine et Mistral pour une PME développe ce que l'hébergement français change réellement, et ce qu'il ne change pas.
Le cas Microsoft mérite-t-il une attention particulière ?
Oui, pour une raison précise. La FAQ de confidentialité de Copilot, mise à jour le 11 juin 2026, pose l'entraînement comme régime par défaut sur les données issues de Bing, MSN, Copilot et des interactions publicitaires, sauf désactivation par l'utilisateur ou appartenance à certaines catégories.
La liste des exclusions géographiques qui y figure comprend six entrées : Brésil, Chine hors Hong Kong, Israël, Nigéria, Corée du Sud et Vietnam.
Nombre de pays exclus de l'entraînement sur les produits IA grand public. Aucun pays de l'Espace économique européen ne figure dans cette liste.
Source : Privacy FAQ for Microsoft Copilot, Microsoft, mise à jour du 11 juin 2026L'exclusion de l'Espace économique européen annoncée en 2024 n'apparaît plus sur cette page, qui ne contient aucune occurrence de Europe, EEA, Royaume-Uni ou Suisse. Nous ne concluons pas qu'elle a été supprimée : une politique peut être documentée ailleurs. Nous constatons qu'elle n'est plus opposable depuis la page publique de référence, ce qui suffit à en faire un point à clarifier avant tout usage professionnel.
Où en est la réglementation au 2 août 2026 ?
Le calendrier européen a bougé récemment, et beaucoup d'articles en ligne s'appuient encore sur l'ancien. Le règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026, publié au Journal officiel le 24 juillet et entré en vigueur le 27 juillet 2026, modifie le règlement sur l'intelligence artificielle dans le cadre du paquet de simplification numérique.
Ce texte reporte plusieurs échéances : les systèmes à haut risque relevant de l'annexe III passent au 2 décembre 2027, ceux relevant de l'annexe I au 2 août 2028. En revanche, le 2 août 2026 restait la date d'application générale, notamment pour les obligations de transparence et le dispositif de sanction. Les pages officielles de la Commission européenne ont été actualisées les 27 et 31 juillet 2026 ; certaines pages tierces de suivi du calendrier ne l'ont pas été, et ne devraient pas servir de référence.
Côté français, le document de la CNIL destiné aux utilisateurs d'IA générative reste le questions-réponses publié le 18 juillet 2024, qui recommande notamment de ne pas saisir de données personnelles ou confidentielles dans un système grand public. Les recommandations sur le développement des systèmes d'IA ont été finalisées en juillet 2025, mais elles s'adressent aux concepteurs, pas aux utilisateurs.
Comment choisir sans y passer la journée ?
Quatre vérifications suffisent à qualifier une offre. Elles se font dans l'ordre, et la première qui échoue disqualifie l'outil pour les données concernées.
Schéma : la séquence de qualification d'un outil IA
La quatrième question est celle que presque personne ne pose, et c'est la seule dont la réponse ne se rattrape pas. Les trois premières se corrigent par un réglage ou un avenant. La quatrième se corrige uniquement en amont, en décidant ce qui n'entre jamais dans l'outil.
Que faire de tout ça concrètement ?
Une politique de rétention n'est pas un document à lire une fois. Les pages citées dans ce Repère ont toutes été mises à jour entre janvier et juillet 2026, plusieurs ont changé de domaine ou de nom de produit dans l'intervalle. Ce qui tient dans la durée, ce n'est pas la connaissance des chiffres, c'est la règle interne qui décide ce qui entre dans quel outil.
Pour une PME, cela se traduit par trois décisions écrites : la liste des outils autorisés avec l'offre exacte souscrite, la liste des catégories de données interdites de saisie quel que soit l'outil, et la personne responsable de revérifier les politiques à échéance fixe. C'est court, et c'est ce qui distingue un usage maîtrisé d'un usage subi.
C'est précisément l'objet de notre accompagnement en conformité et souveraineté de l'IA, et le point de départ d'un audit IA lorsque les outils sont déjà en place dans les équipes.
Questions fréquentes
Le zéro rétention n'existe pas sur les offres grand public. Il se négocie sur les offres professionnelles : OpenAI le propose sur l'API pour les organisations éligibles, Anthropic également sur son API. Dans les deux cas, des exclusions subsistent. Chez OpenAI, les points d'accès à état et le filtrage des images restent hors périmètre. Chez Anthropic, les modèles dits Covered Models imposent 30 jours de conservation et ne sont pas disponibles sous zéro rétention. Aucun fournisseur ne documente publiquement une durée de rétention nulle sur une offre grand public.
Cela dépend du fournisseur et de l'offre. OpenAI retire les données supprimées de ses systèmes sous 30 jours. Anthropic applique 30 jours si vous refusez l'entraînement, et jusqu'à 5 ans si vous l'acceptez. Google supprime automatiquement l'activité Gemini de plus de 18 mois, mais conserve jusqu'à 3 ans les conversations relues par un évaluateur humain, y compris après suppression. Sur Claude Enterprise, la conservation est indéfinie tant qu'aucune durée personnalisée n'a été configurée.
Pas toujours. Google indique explicitement que les conversations relues par des évaluateurs humains ne sont pas supprimées quand vous supprimez votre activité, et qu'elles sont conservées jusqu'à trois ans. C'est la limite la plus importante à connaître : une fois qu'un extrait est parti en revue humaine, le bouton supprimer ne le rattrape plus.
Sur les offres professionnelles des grands fournisseurs, non par défaut. OpenAI l'indique pour ChatGPT Team, ChatGPT Enterprise et l'API. Anthropic l'indique pour l'API, Claude for Work et Claude Gov. Google l'indique pour Vertex AI et pour les éditions entreprise de Workspace. Sur les offres grand public, le régime par défaut est l'inverse dans la majorité des cas. Attention aux paliers gratuits des offres professionnelles, qui appliquent souvent le régime permissif.
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