Un installateur de pompes à chaleur rate quatre appels pendant une journée de pose. Le soir, il en rappelle deux. Les deux autres ont déjà appelé le suivant sur la liste, parce que personne n’avait décroché.
C’est le seul cas où un agent vocal, une IA qui décroche à votre place, se justifie. Devant des clients qui vous joignent déjà sans problème, il ne fait qu’abîmer ce qui marchait.
Ce qu’il fait bien, et ce qu’il ne saura jamais faire
Il fait bien trois choses. Donner les informations que vous répétez à chaque appel : horaires, communes où vous intervenez, ce qu’il faut préparer avant une visite. Noter qui appelle et pourquoi, et proposer un moment pour le rappeler. Vous envoyer le tout par e-mail, avant même que vous ayez retiré vos gants.
Il ne sait pas juger. Estimer un chantier au téléphone, sentir qu’un client hésite sur le prix, décider qu’une panne passe avant les autres : ce sont vos années de métier. Notre guide un agent IA pour un artisan détaille cette limite.
Le silence coûte plus cher qu’une réponse imparfaite
La Harvard Business Review, une revue de gestion américaine, a envoyé une demande à 2 241 entreprises des États-Unis. 23 % n’ont jamais rappelé, et les autres ont mis 42 heures en moyenne. Rappeler dans la première heure donnait sept fois plus de chances d’avoir une vraie conversation que rappeler dans la deuxième.
L’étude date de 2011 et portait sur des demandes envoyées depuis un site internet. Mais l’installateur connaît la règle : le client va chez le premier qui répond.
Sans limites strictes, il invente
Branché sur une IA comme ChatGPT, un agent parle de tout, même de ce que vous ne vendez pas. Limité à vos pages, vos tarifs et vos consignes, il ne dira que ce qui y est écrit. Pour le reste, il dit qu’il ne sait pas, et note la demande pour que vous rappeliez. Sans le droit de dire « je ne sais pas », un agent finit toujours par inventer.
L’assistant qui répond sur ce site ne s’appuie que sur nos pages et donne ses sources. Sur 39 essais pour le pousser à sortir de ce rôle, il n’a jamais cédé. Il écrit au lieu de parler, mais la règle est la même. C’est un outil que nous avons construit pour notre propre site, pas pour un client : essayez de le faire mentir, c’est le bouton « Une question ? », en bas de l’écran.
Dire que c’est une IA : une obligation, et votre intérêt
La loi européenne sur l’IA (l’AI Act) impose de prévenir la personne qu’elle parle à une IA, quand ce n’est pas évident.
Et l’IA n’est plus une inconnue pour vos clients : en France, 48 % des personnes interrogées l’utilisent, contre 20 % en 2023. Ce chiffre vient du baromètre du numérique 2026 : le CREDOC, un centre de recherche sur les conditions de vie, a interrogé 4 145 personnes pour l’Arcep, le régulateur des télécoms.
La cacher ne vous fait pas gagner un appel, mais vous coûte la confiance de celui qui s’en aperçoit. Une phrase suffit : « Vous êtes en relation avec l’assistant de l’entreprise, je ne suis pas une personne. Je note votre demande et Marc vous rappelle. »
Si vous enregistrez l’appel, dites-le, avec la raison et combien de temps vous le gardez. Ce sont les règles habituelles du RGPD sur les données personnelles. Nos guides les résument : ce qu’une TPE doit vérifier et, plus technique, la conservation des données.
Trois choses à ne jamais lui confier
Un prix pour un chantier. Un délai. Une urgence.
Un agent qui lâche « quelqu’un passe demain matin » vient de vous engager, et c’est vous qui expliquerez pourquoi personne n’est venu. Une urgence n’attend pas son tour : fuite, panne de chauffage en janvier, personne âgée seule. Un seul mot de l’appelant, comme « urgence », doit suffire à vous passer l’appel.
Parfois, l’IA n’apporte rien. Le même baromètre compte 15 % d’utilisateurs d’IA chez les 70 ans et plus. Si vous vivez de trente clients fidèles, souvent âgés, qui appellent votre portable, une voix de synthèse fera surtout des dégâts. Un SMS automatique après chaque appel manqué suffit alors, du type « je suis sur un chantier, je vous rappelle ce soir », ou avec un lien pour prendre rendez-vous. Aucune IA là-dedans : notre article agent IA ou automatisation simple explique la différence.
Deux semaines de mesure avant le moindre achat
La liste des appels de votre portable donne le nombre d’appels manqués. Votre agenda montre, parmi les appels que vous avez pris, combien sont devenus des rendez-vous. Appliquez la même part aux appels manqués, puis multipliez par ce que rapporte un chantier moyen : vous savez ce que le silence vous coûte. Si vous perdez moins d’un appel par jour, rappeler tout le monde en fin de journée suffit, et ne coûte rien.
Le prix d’un agent vocal se construit en trois parties :
- les minutes de conversation, payées à la consommation ;
- écrire et essayer ce que l’agent dit, ce qu’il refuse, et quand il vous passe la main : c’est la plus grosse part ;
- le relier à votre boîte e-mail, et à votre agenda s’il est en ligne. Sans ce lien, il écrit des notes que personne ne lit.
Notre guide combien coûte un projet IA explique comment lire un devis poste par poste. Prévoyez enfin d’écouter les vingt premiers appels : c’est là que vous verrez quoi corriger.
Écrire ce que dit l’agent, poser ses limites, le relier à vos outils : c’est notre travail sur les agents IA. Écrivez-nous avec vos appels manqués comptés sur deux semaines : on ira plus vite.
Démarcher avec une IA : depuis le 11 août 2026, il faut l’accord du particulier
Jusqu’ici, on parlait des appels que vous recevez. Et si c’est vous, ou une IA, qui appelez des particuliers pour leur vendre quelque chose ? Il vous faut désormais leur accord, donné avant l’appel : libre, précis, et qu’ils peuvent retirer.
Avant, c’était à eux de s’inscrire sur une liste pour ne plus être démarchés. Désormais, c’est à vous de prouver qu’ils ont dit oui. Un décret du 23 juillet 2026 fixe comment recueillir cet accord et le conserver. Cette règle vient de la loi du 30 juin 2025 contre les fraudes aux aides publiques, qui a aussi changé les règles du démarchage (article L223-1 du code de la consommation).
Rappeler quelqu’un qui vous a contacté n’est pas du démarchage, et appeler au sujet d’un contrat en cours reste possible. Entre professionnels, cette règle ne s’applique pas, mais le RGPD oui : prévenir la personne, avoir, pour l’appeler, une raison que la loi accepte, arrêter si elle refuse.
Démarcher avec une machine qui compose les numéros toute seule exige cet accord depuis longtemps (article L34-5 du code des postes et des communications électroniques). Et une voix de synthèse qui appelle des inconnus vous range avec les arnaques au compte formation. Pour prospecter proprement : automatiser sa prospection sans devenir un spammeur.
Sources
- The Short Life of Online Sales LeadsHarvard Business Review, mars 2011, audit de 2 241 entreprises américaines
- Le baromètre du numérique, édition 2026CREDOC pour l’Arcep, l’Arcom, la CGE et l’ANCT, enquête 2025 auprès de 4 145 personnes de 12 ans et plus
- Article L223-1 du code de la consommation, version en vigueur au 11 août 2026Légifrance
- LOI n° 2025-594 du 30 juin 2025 contre toutes les fraudes aux aides publiquesLégifrance, Journal officiel du 1er juillet 2025
- Décret n° 2026-662 du 23 juillet 2026 relatif au recueil, à la conservation et au retrait du consentementLégifrance
- Article L34-5 du code des postes et des communications électroniquesLégifrance, prospection par automate d’appel
- Règlement (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle, article 50Journal officiel de l’Union européenne, 2024